Nous avons analysé pour vous – Transition / Arpège

Comparatif des programmes acroécologiques entre VIVESCIA et AXEREAL

SIA 2025 – Le match au salon ? Comparatif des Programmes Agroécologiques : Transition (VIVESCIA) vs Arpège (AXEREAL)

Ce document présente un comparatif détaillé entre les programmes d’agroécologie nommé « Transition » chez VIVESCIA et « Arpège » d’AXEREAL.

Il examine leurs objectifs, modalités d’accompagnement, incitations financières, résultats attendus, partenariats, zones concernées et pratiques agroécologiques mises en avant.

AXE 1 : OBJECTIFS ET ENJEUX

VIVESCIA

  • Transition agroécologique à grande échelle – Vise à accompagner ~1000 agriculteurs du nord-est de la France d’ici 2026 vers une agriculture régénérative alliant productivité, santé des sols, biodiversité et climat​
  • Le programme cherche à réduire l’empreinte carbone (-20% d’émissions de GES visé en 2030) tout en maintenant la rentabilité des fermes​
  • Il s’agit de lever les freins économiques et techniques pour des pratiques bénéfiques à la planète (sols plus riches en carbone, moins de gaz à effet de serre) et à la résilience climatique des exploitations​

AXEREAL

  • Accélérer l’agriculture régénérative via les légumineuses – Cherche à déployer à grande échelle l’agriculture régénératrice, en s’appuyant notamment sur l’allongement des rotations par des légumineuses dans le Centre-Val de Loire​
  • Objectif : démontrer, avec des indicateurs objectifs, les bénéfices agronomiques et environnementaux (biodiversité, climat, sols) de ces pratiques​
  • Le programme vise à améliorer la rentabilité des systèmes bas-intrants (mieux valoriser pois, soja, etc.) tout en renforçant la résilience climatique (meilleure gestion de la sécheresse, etc.) et la fertilité des sols​

AXE 2 : MODALITES D’ACCOMPAGNEMENT DES AGRICULTEURS

VIVESCIA

  • Formation et suivi personnalisé sur 3 ans – Transitions offre un accompagnement technique renforcé sur le terrain, avec un programme de formation pluriannuel pour chaque agriculteur (ateliers individuels et collectifs)​
  • La coopérative a formé en interne ~30 de ses techniciens aux pratiques agroécologiques (en partenariat avec Arvalis) pour mieux conseiller les agriculteurs​
  • Un suivi des progrès est assuré grâce à la collecte de données standardisées (outil numérique de traçabilité) et à des mesures objectives (imagerie satellite, indicateurs sols/carbone)​
  • Les agronomes de VIVESCIA accompagnent ainsi les changements de pratiques pas à pas, en “dérisquant” la transition (sécurisation des rendements)​

AXEREAL

  • Expérimentation encadrée et conseils techniques – Arpège s’appuie sur un réseau de 100 agriculteurs pilotes sur 420 parcelles suivies pendant 4 ans​
  • Dès le départ, un état des lieux des sols et pratiques est réalisé, puis des itinéraires techniques adaptés (gestion des rotations, itinéraires bas intrants) sont développés avec les agriculteurs​
  • Le programme comporte un volet formation : l’un des axes stratégiques est « Former et transformer » visant à former les agriculteurs aux nouvelles pratiques et à moderniser les infrastructures (silos, stockage) pour accueillir les nouvelles cultures​
  • Des journées de sensibilisation, essais en station expérimentale (ferme du Chaumoy) et échanges entre pairs font partie de l’accompagnement. Axéréal intègre également Arpège à sa démarche Cultiv’Up (déjà ~800 agriculteurs engagés en régénératif) pour essaimer les bonnes pratiques​

AXE 3 : INCITATIONS FINANCIERES ET MODELES ECONOMIQUES

VIVESCIA

  • Primes de performance & financement filière – VIVESCIA apporte une aide financière directe aux agriculteurs engagés : en moyenne 100 €/ha si le niveau 1 d’amélioration est atteint, 150 €/ha au niveau 2
  • Ce soutien va au-delà du simple remboursement des coûts, pour récompenser les résultats obtenus. Le modèle économique de Transitions est innovant et mutualisé : il est financé majoritairement par des primes filières versées par les acteurs industriels de l’aval et les filiales de VIVESCIA, ce qui partage le coût de la transition sur l’ensemble de la chaîne de valeur​
  • Des fonds publics complètent le montage (programme labellisé France 2030 avec 1,9 M€ de subvention)​
  • L’objectif est de dérisquer financièrement la transition agroécologique pour l’agriculteur, en valorisant les services environnementaux rendus (via des partenaires aval prêts à payer pour une production durable).

AXEREAL

  • Aides à l’hectare et création de débouchés – Arpège bénéficie d’un financement public significatif (3 M€ de Bpifrance sur 9 M€ de budget total France 2030)​ qui permet d’indemniser les agriculteurs pilotes. Chaque exploitation participante perçoit en moyenne ~3 500 € d’aides (minimum garanti 3 000 €) pour s’engager dans le programme​
  •  Par ailleurs, Axéréal mobilise les industriels de l’aval (Cooperl, Cargill, Axiane, Intact, etc.) qui soutiennent la démarche​ afin de développer de nouveaux débouchés rémunérateurs pour les cultures régénératives (par ex. pois pour l’alimentation animale, sarrasin pour filières sans gluten, etc.). Le modèle vise donc à prouver la viabilité économique de ces systèmes : en améliorant les rendements et en garantissant des marchés premium, l’agriculteur a un retour sur investissement de ses nouvelles pratiques.

AXE 4 : RESULTATS OBTENUS ATTENDUS OU OBTENUS

VIVESCIA

  • Premiers engagements et impacts environnementaux – Lancé en 2023, Transitions compte 200 agriculteurs dès la récolte 2024, avec une montée à 500 en 2025 et 1000 prévue en 2026​
  •  Les impacts attendus incluent une baisse mesurable des intrants (engrais azotés, phytos) et des émissions de CO₂ : l’objectif est –20% d’émissions GES d’ici 2030​
  • On anticipe également une amélioration de la fertilité des sols (davantage de carbone stocké, meilleure structure) et une biodiversité accrue dans les parcelles (couvert végétal, faune auxiliaire)​
  • Le tout sans perte de rendement, assurant des fermes plus résilientes face au climat et performantes économiquement. Bien que le programme soit récent, un suivi d’indicateurs va quantifier ces progrès annuellement (durée de couverture des sols, indice de biodiversité, bilan carbone par exploitation, etc.).

AXEREAL

  • Indicateurs scientifiques et diffusion à grande échelle – Arpège est en phase de déploiement (lancement 2024) : 100 agriculteurs pilotes vont fournir des données précieuses sur 420 parcelles, permettant d’évaluer sur 4 ans les effets des pratiques régénératives​
  •  Axéréal ambitionne d’étendre ces pratiques à 2000 agriculteurs de la coopérative d’ici 2026​, en s’appuyant sur les enseignements du projet. Les résultats attendus incluent : une hausse des rendements des cultures introduites (grâce à la R&D sur le stress hydrique, la lutte contre les maladies du sol du pois, etc.)​
  • une réduction des intrants (azote minéral économisé via les légumineuses, moins de pesticides grâce à la rotation), et une amélioration de la santé des sols dans les systèmes allongés​
  • Le programme cherche à quantifier les “cobénéfices” : par exemple, démontrer qu’intégrer du pois ou du soja dans la rotation permet de réduire les engrais et d’augmenter la productivité des cultures suivantes​
  • Ces preuves scientifiques serviront à convaincre et accompagner davantage d’agriculteurs, et à valoriser les filières régénératives auprès des transformateurs et consommateurs (traçabilité, labels bas-carbone, etc.)​

AXE 5 : PARTENARIATS ET COLLABORATIONS

VIVESCIA

  • Écosystème complet : filières, recherche et ONG – Transitions repose sur une coopération amont-aval inédite. Côté aval, plusieurs industriels agroalimentaires participent : par ex. Avril (Saipol), Tereos, Roquette, Heineken, ainsi que les filiales de transformation de VIVESCIA (Grands Moulins de Paris – Francine, Malteurop, Délifrance, Kalizea, etc.)​
  • Une ONG (Earthworm) apporte son expertise en durabilité et suivi des impacts​
  • Côté technique et scientifique, VIVESCIA a noué un partenariat R&D avec INRAE et l’Institut UniLaSalle (création d’une chaire de recherche pour l’adaptation au changement climatique)​
  • L’institut ARVALIS est un allié historique : il collabore au programme en mutualisant les résultats d’essais, en formant les conseillers et en accélérant le transfert d’innovations agronomiques (nouvelles variétés, couverts, réduction des phytos)​
  • Le programme est également soutenu par les collectivités (Région Grand Est) et a obtenu le label du pôle de compétitivité Vegepolys Valley ainsi que des fonds France 2030​

AXEREAL

  • Consortium multi-acteurs et industriels – Arpège est porté par un consortium associant Axéréal et plusieurs partenaires complémentaires : FertiBerry (semencier), Genesis (start-up AgTech), Axa Climate (climat/assurance), Medinbio (biocontrôle), Hommes et Territoires (association territoriale), l’institut technique Terres Inovia (oléoprotéagineux) et l’école UniLaSalle
  • Le projet est labellisé par Vegepolys Valley et soutenu financièrement par Bpifrance (France 2030)
  • En aval des filières, des groupes comme Intact, Cooperl, Cargill, Axiane Meunerie se sont engagés aux côtés d’Arpège​
  • afin d’apporter expertise et appui au développement de marchés pour les nouvelles productions régénératives. Axéréal travaille aussi avec ses partenaires habituels : par exemple l’institut Terres Inovia pour la R&D sur les légumineuses, et mobilise son réseau d’agriculteurs Cultiv’Up (démarche interne regroupant déjà 800 fermes engagées en régénératif) pour déployer largement les innovations validées

AXE 6 : REGIONS CONCERNEES

VIVESCIA

  • Nord-Est de la France (Grand Est) – Le programme cible le territoire de VIVESCIA dans le nord-est (Champagne, Lorraine…), avec l’appui de la Région Grand Est​
  • Transitions a vocation à être reproduit dans d’autres territoires ultérieurement, mais son déploiement initial concerne les départements de la coopérative (Marne, Ardennes, Aube, etc.).
  • Au salon de l’Agriculture, la Coopérative Noriap a annoncé qu’elle rejoignait le programme

AXEREAL

  • Centre-Val de Loire (région Centre) – Arpège concentre son action sur la région Centre-Val de Loire, cœur du périmètre d’Axéréal​
  • Les expérimentations terrain se déroulent notamment dans le Cher, l’Eure-et-Loir, le Loiret… où l’introduction de légumineuses dans les assolements sera optimisée. Axéréal envisage ensuite d’étendre les pratiques validées à l’ensemble de ses adhérents dans le Centre et les régions limitrophes d’ici 2026.

AXE 7 : TECHNOLOGIES ET PRATIQUES AGROECOLOGIQUES MISES EN AVANT

VIVESCIA

  • Agriculture “bas carbone” et outils digitaux – Transitions promeut un ensemble de pratiques régénératives : diversification des rotations (introduction de nouvelles cultures si besoin), généralisation des couverts végétaux pour assurer une couverture du sol maximale, et réduction des intrants fossiles ou de synthèse (engrais azotés, pesticides)​
  •  Le programme encourage les techniques améliorant la fertilité des sols (augmentation de la matière organique, non-labour ou travail réduit, agroforesterie locale, etc.) et la biodiversité fonctionnelle (bandes fleuries, pollinisateurs, auxiliaires). L’innovation repose aussi sur le choix de variétés adaptées et sur l’optimisation des itinéraires techniques : par exemple mieux gérer les adventices (graminées) et réussir les couverts grâce aux références ARVALIS​
  •  Côté technologie, Transitions s’appuie sur un écosystème numérique : les données de chaque ferme sont collectées via un outil unique de traçabilité (Wiuz), et l’imagerie satellite fournie par Kermap permet de mesurer la durée de couverture des sols ainsi que la séquestration du carbone et les émissions de GES​
  • Des indicateurs agroécologiques standardisés (bilan carbone, biodiversité) sont suivis pour chaque exploitation afin d’orienter les pratiques et de communiquer les progrès aux partenaires.

AXEREAL

  • Cultures à faible intrants et allongement des rotations – Arpège met en avant des itinéraires techniques innovants centrés sur l’allongement des rotations. Concrètement, il promeut l’introduction de cultures peu gourmandes en intrants (eau, engrais, phytos) dans les assolements : en priorité des légumineuses (pois protéagineux, féverole, soja, lentilles), mais aussi d’autres espèces alternatives comme le sorgho, le sarrasin ou le tournesol​
  • Ces cultures captent naturellement l’azote de l’air ou nécessitent moins d’intrants, et sont associées à des plantes de service (ex : phacélie, trèfle en couvert intercalaire) pour maintenir un couvert permanent des sols​
  • L’agriculture régénérative version Axéréal insiste sur la diversification des cultures et la couverture du sol pour améliorer la structure et la vie biologique des sols, et sur la réduction des intrants chimiques (moins de fertilisants azotés grâce aux légumineuses, moins de pesticides via la rupture des cycles de ravageurs)​
  • Le programme teste des innovations agronomiques pour surmonter les blocages techniques : par exemple des solutions contre le stress hydrique estival ou les maladies telluriques du pois (via sélection variétale, biocontrôle, ajustement de la date de semis…)​
  • Il réalise des analyses de sol approfondies afin de mesurer les gains en fertilité (teneur en carbone, azote disponible, activité biologique) et l’empreinte carbone des systèmes allongés​
  • Enfin, Axéréal prévoit d’adapter ses infrastructures (silos de stockage, circuits logistiques) pour collecter ces nouvelles productions, et de fournir aux agriculteurs des outils de suivi (indicateurs sols, carbone, météo) élaborés avec les partenaires du projet​ et notamment Wiuz)

SYNTHESE – différences et similitudes

Les deux initiatives, portées par de grandes coopératives céréalières françaises, partagent l’ambition de concilier performance agricole et écologie en déployant l’agroécologie à grande échelle. Transitions de VIVESCIA et Arpège d’AXEREAL visent toutes deux une agriculture régénérative, cherchant à améliorer la santé des sols, à réduire les intrants (carbone, engrais, pesticides) et à préserver la biodiversité, tout en maintenant la rentabilité pour l’agriculteur. Elles s’inscrivent dans une dynamique nationale (soutien du plan France 2030) et reposent sur un vaste partenariat multi-acteurs (organismes de recherche, industriels agroalimentaires, etc.), gage de crédibilité scientifique et de débouchés économiques.

Cependant, ces programmes présentent des approches complémentaires. Transitions apparaît comme un programme global “filière”, déjà déployé auprès de centaines d’agriculteurs, avec un système de primes indexé sur la performance environnementale et une forte intégration aval (meunerie, malterie, agroalimentaire) pour financer la transition. Il met l’accent sur la décarbonation et la biodiversité de l’ensemble des systèmes de culture du Nord-Est, avec une ingénierie d’accompagnement très structurée (formation intensive des techniciens, outils digitaux de suivi des indicateurs) et un objectif de massification rapide (1000 fermes en 3 ans).

En comparaison, Arpège se présente davantage comme un programme de R&D appliquée centré sur un levier agronomique spécifique – l’allongement des rotations par des cultures bas-intrants, en particulier les légumineuses. Axéréal mise sur une phase pilote (100 exploitations sur 4 ans) pour objectiver les bénéfices agronomiques des nouvelles rotations et résoudre les freins techniques (rendement du pois, résistance à la sécheresse, etc.)

L’approche est très expérimentale et scientifique, visant à produire des références solides qui serviront ensuite à généraliser ces pratiques auprès de 2000 agriculteurs du groupe d’ici 2026. Arpège intègre aussi une dimension économique, mais plutôt via la recherche de nouveaux débouchés (alimentaires ou industriels) pour les productions issues de l’agriculture régénérative, afin d’en assurer la profitabilité à long terme, tandis que Transitions mise dès le départ sur un partage des coûts entre agriculteurs et acteurs aval via des primes.

EN RESUME

Transitions et Arpège poursuivent des objectifs alignés (une agriculture durable, bas carbone et multi-performante) et témoignent d’une même volonté d’accompagnement du changement auprès des agriculteurs, avec formations, conseil technique et incitations financières. La principale différence tient à leur portée immédiate et leur focalisation : Transitions est un programme opérationnel, territorialisé Grand Est, qui adresse tous les aspects de la transition agroécologique sur l’exploitation (du carbone à la biodiversité, sur l’ensemble des cultures) avec un déploiement massif et un modèle économique déjà actif. Arpège, localisé en région Centre, est quant à lui ciblé sur l’innovation agronomique autour des cultures protéiques et bas intrants, servant de laboratoire à ciel ouvert pour valider des solutions techniques et économiques avant de les essaimer plus largement. Ces deux approches se complètent et illustrent deux facettes de l’agroécologie à l’échelle des coopératives : l’une bâtissant tout de suite un cadre collectif incitatif pour changer les pratiques, l’autre investissant dans la recherche agronomique afin de sécuriser et optimiser ces pratiques pour l’avenir.

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